Les 1er et 2 octobre, La Box accueillait les journées d’étude qui clôturaient la recherche FRArt d’Elsa Maury. Historiennes, éthologues, philosophes et artistes y ont raconté ce qui se passe quand on cherche à intéresser un animal à une expérience, et ce qui se passe quand il répond à sa manière.
Comment amener une brebis, enrôler un cheval, intéresser un chien à participer à une expérience ? La question, posée par Elsa Maury, artiste chercheuse et collaboratrice de l’ULiège, a réuni pendant deux jours des chercheur·es venu·es d’horizons très différents autour d’un même constat : l’attention se donne, se prête, se dirige, et elle circule dans les deux sens.
L’historienne des sciences Lucie Gerber (CNRS) a retracé l’histoire de l’animal de laboratoire, depuis la boîte de Skinner, où un rat affamé presse un levier, jusqu’aux chercheurs qui ont dû repenser leurs expériences pour des espèces moins dociles. Ainsi Jean-Luc Picq, qui a vécu avec un microcèbe avant de lui construire un labyrinthe où la seule récompense était de pouvoir se cacher. Les petits lémuriens ont réussi l’épreuve, mais pas comme prévu : plutôt que de mémoriser les lieux, ils ont trouvé une règle simple qui leur épargnait l’effort.
L’éthologue Sophie Barreau a ouvert son exposé avec Simone Weil : « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité. » Vidéos à l’appui, elle a montré ce que cela change dans le travail avec les chevaux. À une cavalière aux prises avec une jument trop énergique, elle ne demande pas de la retenir, mais de regarder ce que la jument regarde. Quelques instants plus tard, les pas de l’une et de l’autre se synchronisent, sans que personne l’ait demandé. Elle a aussi raconté ses séjours à l’Institut de primatologie de Kyoto, où les chimpanzés ne viennent travailler que s’ils l’ont décidé, et où une adolescente nommée Cleo ne se met à la tâche qu’après avoir fait quelques bêtises.
La philosophe Vinciane Despret (ULiège) a convoqué Hans, le cheval qui « savait compter » et lisait en réalité les corps de ceux qui l’interrogeaient, les rats de Leo Crespi, déçus quand la récompense diminue, et les pigeons « superstitieux » de Skinner. Elle a terminé avec les rats du neuroscientifique David Robbe : installés sur un tapis roulant censé les empêcher de bouger, ils s’en sont servis pour mesurer le temps. À force de contrôler les conditions d’une expérience, demande-t-elle, ne finit-on pas par mesurer ce qui reste de l’animal quand on lui a retiré l’essentiel ?
Le jeudi soir, la réflexion a pris d’autres formes : activation des objets issus de la recherche, exposition des dessins de Pierre Kroll et Ruminades, lecture-performée de Clyde Lepage.
Pour une école d’art, ces deux journées étaient aussi une leçon de regard. Le cadre que l’on choisit, qu’il s’agisse d’un protocole ou d’une image, décide de ce que l’on peut voir.
L’ESA Saint-Luc Liège remercie Elsa Maury, l’ensemble des intervenant·es et le public.