Depuis le mois de février, Hilke Vervaeke et Sylvie Leroy, enseignantes au sein de la section Design Industriel de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège, bénéficient toutes deux d’un détachement “recherche“ pour entreprendre et concrétiser un projet de recherche commun, intitulé Please Touch !  Coup de projecteur sur celui-ci !

 

Pour la première fois, la Commission recherche, dont l’une des missions est de revoir les balises du soutien à la recherche, a envisagé la possibilité pour un·e enseignant·e d’être détaché·e d’un ou plusieurs cours pour réaliser un projet de recherche au sein de l’ESA. Cette possibilité concerne les enseignant·e·s de l’école, toutes sections confondues.

Le projet de recherche Please Touch ! est ancré dans le programme de recherche interdisciplinaire L’objet qui parle, lui-même basé sur la collection de design de Philippe Diricq utilisée par les deux enseignantes depuis l’année passée. A leurs yeux, ces objets sont apparus comme des points de départ pour entreprendre des expérimentations avec les étudiant·e·s dans le cadre de l’atelier Recherches formelles en B3 DI.

 

 Rencontre avec Hilke Vervaeke et Sylvie Leroy

 

Comment le projet Please Touch ! est-il né ?

Le constat des travaux menés l’an dernier avec la collection Diricq est que l’étude des objets anciens, la manipulation, l’observation de leurs formes et mécanismes a eu l’effet de “booster” l’imaginaire des étudiant·e·s et la création de nouvelles formes, matières et objets. Notre projet a pour ambition de développer la perception multisensorielle, et particulièrement la perception tactile, comme moteur de création. Outre l’approche sensible, nous voulions aussi aborder les dimensions psychologiques, anthropologiques et sociologiques qui peuvent influencer la perception des formes. Le toucher donne énormément d’informations sur notre environnement et influence le comportement de l’utilisateur. Après les premières explorations, nous nous sommes rendues compte de la richesse de ce domaine et nous avons répondu à l’appel à détachement pour en faire un projet un peu plus pointu, qui pourrait aussi s’adresser à d’autres sections de l’école.

 

Ce détachement, très partiel, que permet-il de faire ?

Les deux heures dont nous disposons chacune nous permettent d’approfondir le sujet sur le plan théorique. On s’oblige à lire autour de la perception, à visiter des expos, à faire des recherches sur ce qui se fait ailleurs… On s’est lancées à l’aveugle, on ne considère pas qu’on fait vraiment de la recherche. Pour l’instant, on approfondi les contenus et on se rend compte que c’est énorme et qu’il y a plein de portes d’entrées. Il va falloir cadrer, se diriger dans quelque chose de plus pointu. La première phase de notre détachement devait permettre cela, faire de la prospection et prendre des contacts.
Le détachement nous fait oser! Cela nous conforte dans notre expérimentation. Dans ce que l’on fait pour nos cours, en général, on a tendance à rester dans notre zone de confort. Ici, on y va! On ose! Et grâce à nos lectures, on remet progressivement des balises, qui nous rendent du confort. Le détachement permet cela. Ce n’est pas seulement une question de temps, c’est un état d’esprit. On est beaucoup plus méthodiques aussi : on prend note des résultats de nos exercices, de nos tests. On se documente beaucoup mais aussi on documente tout ce que l’on a fait. Cela nous permet de prendre du recul sur ce que l’on fait.

 

 

Avez-vous fait des rencontres prometteuses ?

Oui ! Parmi celles-ci, il y a Juliette Salme, qui est doctorante à l’ULiège et qui fait des recherches en anthropologie des objets. Elle a participé à des cours, elle observe comment les étudiant·e·s manipulent les objets. Globalement, on tient les mêmes discours mais l’anthropologie arrive vraiment pour combler des choses qu’on ne fait pas chez nous. Et là, ça décolle!
Nous avons aussi eu un cours avec Brigitte Van den Bossche sur les livres tactiles. Il y a beaucoup à faire sur ce sujet, notamment avec les sections Communication visuelle et graphique et Illustration.

 

Qu’est-ce que ce détachement ne vous permet pas de faire ?

On ne va pas pouvoir suivre les mêmes étudiant·e·s, les accompagner et approfondir tout ce que l’on met en place cette année. Ce n’est pas grave : on sème des graines, et on pense que certaines graines pourraient germer chez l’un·e ou l’autre étudiant·e qui embrayera sur cette thématique en master, notamment pour le mémoire. Si on avait un détachement plus important, on pourrait aussi encadrer et suivre les recherches faites par les étudiant·e·s. Car ce qui est possible de faire va bien au-delà de l’atelier ou du mémoire, et qu’on est sur des terrains peu connus, très pointus. Or, les « deux heures » sont vites passées… C’est très peu si l’on veut aller beaucoup plus loin. C’est sans doute pour cela qu’il y a peu de candidat·e·s au détachement.

 

Quels sont vos objectifs pour cette année ?
Nous remettrons un rapport en septembre, qui présentera notre état d’avancement ainsi que le résumé de toutes nos pistes d’exploration. Nous souhaitons aussi exposer nos recherches. Ce sera possible en octobre, lors de l’exposition consacrée au projet “L’objet qui parle”.

 

 

Et comment voyez-vous la suite?
Nous allons postuler à nouveau pour un détachement pour l’année prochaine. Nous voulons ouvrir vers des expérimentations transversales, avec plusieurs sections, en particulier avec la Communication visuelle et graphique et Architecture d’intérieur. Lors de nos exercices-tests en novembre 2020, nous avons inventé et testé des protocoles de dessin à l’aveugle ou de dessin tactile, qui pourraient intéresser nos collègues qui enseignent le dessin et les moyens d’expression. Cécile Delforge a déjà fait des essais cette année. Nous envisageons également une collaboration avec Juliette Salme et ses étudiant·e·s de master en anthropologie. Ce serait une énorme victoire.
On voudrait aussi avoir des moments d’échange réguliers avec nos collègues, par exemple toutes les 6 semaines, pour partager les résultats de nos recherches. On voudrait aussi organiser un workshop de 2 ou 3 jours.

 

 

Rédaction :

Noémie Drouguet