Cette année marque le vingtième anniversaire du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF). Pour l’occasion, un colloque scientifique sera dédié aux professionnels du patrimoine, conservateur·trice·s, restaurateur·trice·s, architectes, aux scientifiques qui travaillent à la connaissance de la matière des biens culturels, aux enseignant·e·s qui forment les futurs acteur·trice·s de la conservation du patrimoine. Il montrera les avancées récentes de la science au service de l’art, le progrès des connaissances que permet l’interdisciplinarité, l’évolution des principes qui régissent la conservation et la restauration des œuvres patrimoniales, les nouvelles technologies développées pour les préserver, les valoriser et les transmettre. Le tout se déroulera le mercredi 20 novembre à la Cité de l’architecture et du patrimoine.

 

C’est dans ce cadre que Muriel Verbeeck, enseignante sein de la section Conservation et Restauration des œuvres d’art (CROA) à l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège, proposera une conférence intitulée, « La Joconde et le Mustang. Réflexion sur la théorie et la pratique de conservation des objets et œuvres d’art » :

La Contemporary theory of conservation de Salvador Munoz-Vinas a-t-elle marqué un changement de paradigme dans la façon dont nous pensons la conservation-restauration ? Les divergences d’approche entre conservation « continentale » et « anglo-saxonne », bien présentes déjà au milieu du XXe siècle, se sont-elles accusées ou résorbées ? Comment penser l’évolution de la discipline au XXIe siècle ?
L’Amérique latine, l’Asie, l’Afrique, ont, depuis un quart de siècle, acclimaté des concepts et des pratiques à leur réalité : leur expérience est à même d’enrichir notre réflexion. Les apports scientifiques, les nouvelles technologies, y compris de l’information — bientôt, l’intelligence artificielle —, invitent à repenser l’interdisciplinarité en un sens plus large, incluant les sciences humaines et sociales, mais aussi l’éthique. La conservation de demain sera en effet « soutenable », équitable, durable -non dissociable des grands bouleversements politiques et sociaux qui s’annoncent.
Dans ce contexte, on peut s’interroger sur le rôle des institutions et des centres de formation dans la réflexion sur l’acte de restaurer. Leur rôle fédérateur, leur visibilité en font des acteurs majeurs de la re-conceptualisation de la discipline, et de sa reconnaissance. Loin d’être une citadelle assiégée ou battue par les flots, la conservation qualifiée de « classique » présente tous les atouts d’une caravelle ; elle connaît son port d’attache, ses horizons sont ouverts, et sa riche cargaison mérite un inventaire.