Libres contours, aspects du territoire

Pour démarrer sa saison 2020-2021, le Centre culturel de Namur inaugurait hier l’exposition Libres contours, aspects du territoire, qui réunit le travail de sept photographes, dont des étudiants, alumni et enseignant·e·s de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège. Le commissariat est assuré par Emmanuel D’Autreppe.

Territoire de provenance ou d’appartenance. De partance, de transit ou de transhumance. Intime, imaginaire ou symbolique. Politique ou artistique.  La notion de territoire, un vaste champ de réflexions, souvent poreux… Les photographes partagent leurs différentes visions du territoire avec un dénominateur commun, vous amener de la matière à penser ou simplement à regarder. Alors que l’enseignante de la section Photographie, Elodie Ledure expose son travail, Robin Nissen (diplômé de Photographie et actuellement étudiant en Communication visuelle et graphique) dévoile le résultat de sa résidence de cet été aux Abattoirs de Bomel, qui a pris la forme d’une mission photographique, qu’il a partagée avec Clyde Lepage. Du côté des alumni, l’exposition permet de découvrir le travail de Florian Tourneux mais aussi de Frédéric Materne (invité par le collectif Aspëkt).

 

© Centre culturel de Namur et Erika Meda

 

À propos de l’exposition

Une description par le commissaire Emmanuel D’Autreppe.

« Malgré son apparente étroitesse à l’échelle locale ou nationale, la question du territoire est pourtant une vaste et complexe question. Territoire de provenance ou d’appartenance — à l’image des photographes ici invités, moins parce qu’ils sont issus d’une région que parce qu’ils y sont actifs —, territoire de partance, de transit ou de transhumance, territoire intime, imaginaire ou symbolique, politique ou artistique… À chacun le sien, mais sans qu’aucune frontière soit établie de manière inamovible, ni même visible, et encore moins imperméable.

Terre de photographes — la complexité du territoire y est sûrement, précisément, pour quelque chose ! —, le cœur de la Wallonie ne regorge pas moins qu’un autre de talents émergents, d’artistes en devenir, d’approches innovantes et questionnantes. Les artistes réunis ici convergent autour d’une série de délimitations et de problématiques vagues mais essentielles : l’environnement et le rapport à l’autre ; l’errance, l’appropriation ou le déracinement ; le besoin d’intervention ou de contemplation ; la participation dans l’espace public ou le repli dans l’intimité… histoire, toujours réécrite, de la rencontre d’un contexte donné et d’un œil critique, attentif, créatif.

Chacun des territoires que ces regards photographiques parcourent, interrogent ou délimitent, témoigne de la richesse d’une génération et, focalisée ou non sur la situation à Bomel du Centre culturel qui héberge la proposition, de son besoin d’ancrage autant que de lien, de son aspiration à l’implication autant qu’à la liberté.

En outre, le thème de l’exposition se prêtera à la mise en résidence d’un jeune artiste photographe au départ de la zone des Abattoirs de Bomel, et à la transcription d’une expérience plus ou moins « immersive » à travers la diversité des quartiers qui composent l’agglomération namuroise : expérimentation libre, rencontre des quartiers et de leurs habitants, découverte d’un environnement, en amont et sur le pourtour du projet d’exposition lui-même… »

 

Les artistes

Nicolas BOMAL — Xavier ISTASSE — Élodie LEDURE — Clyde LEPAGE — Robin NISSEN — Mélanie PATRIS — Florian TOURNEUX — Le Collectif Aspëkt : David AMEYE, Kristel BRUSADELLI, Olivier CELLIÈRE, Caroline DERSELLE, Jean-François FLAMEY, Johan ‘Mydatah’ FLAMEY, Gaëlle GEORGE, Nathalie HANNECART, Denis TANCREDI, et en invité·e·s : Gaël BONNEFON, Erika MEDA et Frédéric MATERNE.

 

Infos pratiques

Jusqu’au 18 octobre
Du mardi au dimanche, de 14h à 18h
Abattoirs de Bomel (Traverse des Muses 18 – 5000 Bomel / Namur)
Entrée libre
Réservation obligatoire : Stevie Lardoux / stevielardoux@centrecultureldenamur.be / +32 81 25 04 03 / +32 491 39 48 86
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Where I am, I don’t know : crowdfunding jusqu’au 30 septembre

Mise en pause durant la période de crise au printemps dernier, la campagne de crowdfunding pour le projet Where I am, I don’t know a repris et se prolongera jusqu’au 30 septembre 2020.

 

L’an dernier, les étudiant·e·s en dernière année de bachelier de la section Photographie à l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège ont découvert le centre St. Elisabeth Haus, un centre pour demandeurs d’asile. Après cette expérience, ils ont voulu réaliser un livre et une exposition. À l’époque, une levée de fonds avait été lancée sur la plateforme Crowd’In mais l’arrivée de la pandémie sur notre territoire et le confinement qui a suivi ont mis le projet en pause. C’est à présent qu’il reprend !

 

WHERE I AM, I DON’T KNOW

St. Elisabeth Haus est un centre d’accueil pour demandeurs d’asile situé dans la région germanophone en Belgique. Géré par la Croix-Rouge, ce foyer spécialisé héberge des familles et des personnes seules issues de plus de quarante pays différents le temps de leur demande d’asile.

Accompagné·e·s de leurs professeurs d’ateliers (Olivier Cornil, Sandrine Dryvers, Elodie Ledure et Marc Wendelski), les 22 étudiant·e·s ont, en octobre dernier, vécu une semaine d’immersion dans ce centre. Lors de cette semaine, elles.ils ont eu ainsi l’occasion de découvrir de près le quotidien des résident·e·s et de s’ouvrir à des cultures souvent sujettes à des préjugés.

De cette semaine humaine unique et enrichissante découle une série de travaux hétéroclites, à la fois écrits, vidéographiques, photographiques mais également issus d’ateliers participatifs. Ceux-ci offrent des regards d’auteurs sur le quotidien des demandeurs et demandeuses d’asile, des employé·e·s et bénévoles de la Croix-Rouge.

 

 

Le titre « Where I am, I don’t know » est un extrait d’un texte écrit par une résidente de St. Elisabeth Haus au cours d’un atelier. Il représente un sentiment commun vécu autant par les résident·e·s du centre que par les étudiant·e·s : ceux et celles-ci n’étaient pas loin de leur foyer, mais ont partagé les mêmes angoisses et sentiments que les résident·e·s tels que l’égarement, l’étouffement ou encore l’enfermement.

 

Les différents travaux produits durant cette semaine d’immersion vont être présentés à travers une exposition et un livre. L’exposition se déroulera du 17 mai au 2 juin au Centre culturel Les Chiroux et à la Cité Miroir. Disponible dès le lancement de l’exposition, le livre sera le résultat d’une collaboration avec les étudiant·e·s de première année de master en Communication Visuelle et Graphique, option Éditions.

 

Campagne de crowdfunding

Pour concrétiser leur projet, ce collectif d’étudiant·e·s doit rassembler un budget de 6.500 €. Il s’agit d’une estimation du budget nécessaire pour financer l’impression des livres et la production des tirages et encadrements pour l’exposition. Ils bénéficient déjà d’un soutien financier de la Croix-Rouge à hauteur de 1.500€ et un soutien logistique de la part du Centre culturel Les Chiroux et de la Cité Miroir .

Afin de récolter les 5000€ restants, les étudiant·e·s ont décidé de lancer une campagne de crowdfunding sur la plateforme Crowd’In, qui fonctionne avec un système de contreparties, qui s’apparente à du préachat, puisqu’il est possible notamment de précommander le livre. La campagne dure jusqu’au 6 avril !

 

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Campagne Crowd’In

Deux étudiantes lauréates du Prix Roger de Conynck

Tout juste diplômées de la section Photographie de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège, Layla Saâd et Théodora Colige sont les deux lauréates du Prix Roger de Conynck 2020. Une belle opportunité pour nos deux désormais alumni, à qui nous souhaitons une belle route après Saint-Luc !

 

Le Prix Roger de Conynck est attribué chaque année par la Fondation Roi Baudouin à deux étudiant·e·s talentueux·ses en dernière année des écoles supérieures de photographie en Belgique. Féru de photographie, Roger De Conynck a voulu garder jusqu’au bout allumée la flamme de cette passion en créant, au sein de la Fondation Roi Baudouin, un Fonds à son nom. Depuis 2011, le Fonds Roger De Conynck soutient des jeunes étudiant·e·s méritant·e·s en dernière année d’études photographiques, afin de les aider dans le développement de leur carrière professionnelle.

 

 

Suivre le travail de Théodora Colige
@theocolige

 

Suivre le travail de Layla Saâd 
Site web
@layla_saad.p

 

Robin Nissen expose Chrysalide à Bruxelles

À peine diplômé de la section Photographie, Robin Nissen expose dès aujourd’hui, à la galerie L’Enfant Sauvage à Bruxelles, son travail de fin d’études : Chrysalide est mis à l’honneur dans l’une des pièces d’exposition de la galerie bruxelloise, qui aussi pour vocation de soutenir et encourager les jeunes artistes et étudiant·e·s de talent. C’est aux côtés de Margaret Lansink et Christopher de Béthune que notre déjà ancien étudiant proposera ses clichés.

 

© L’Enfant Sauvage / Pauline Caplet

 

Chrysalide

Tout en menant une recherche sur le médium photographie, Robin Nissen propose une série très intime traitant de l’acceptation du corps, de soi, du repli et qui évoque une partie douloureuse de sa vie. « C’était un matin d’un mois dont le nom est à présent oublié. Dans la cour de l’école, je discutais avec mes amis et puis soudain en me retournant, j’ai croisé le regard d’un garçon. En une fraction de seconde, ce regard a changé ma vie. Pendant des années, je me suis renfermé sur moi-même. J’avais de peur d’en parler, d’être peut-être jugé. J’avais peur d’être tombé amoureux de ce garçon. Oui, j’ai eu peur. Je sais, c’est con. Nous ne sous sommes jamais revus, enfin une ou deux fois peut-être. Depuis ce jour, son visage est resté gravé dans ma mémoire, tel l’insigne avec lequel on marque les chevaux au fer rouge. »

« Durant ces années, je me suis souvent caché à moi-même. Cela a été une période de ma vie absolument horrible. Pleine de doutes, de questionnements, de dépressions… Un jour, je me suis dit que pour avancer il fallait que je fasse des images et que je me confronte à mes démons. Par ce travail, j’ai donc voulu partager ce vécu afin de me libérer de ce fardeau que j’ai porté pendant de longues années. »

 

Infos pratiques

Du 10 juillet au 12 septembre sur inscription
Galerie L’Enfant Sauvage (rue de l’Enseignement, 23 à 1000 Bruxelles)
Site web de la galerie
Vous pouvez découvrir Chrysalide en ligne également.

 

Suivre le travail de Robin Nissen

​Site web

@robin__nissen

 

Prix ISEM 2020 : l’ESA Saint-Luc Liège représentée !

Il y a quelques jours, le festival ImageSingulières annonçait les résultats de ses deux prix ISEM 2020. Parmi la poignée de finalistes, on retrouve une étudiante et une enseignante de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège. Lauren Pearson, B3 Photographie, est finaliste du prix ISEM Jeune photographe et Brigitte Grignet, enseignante au sein de la section Photographie également, l’est pour le Grand Prix ISEM. Félicitations à elles !

 

Les Prix ISEM

Combien de photographes au talent certain, en France ou ailleurs, manquent de moyens pour achever un sujet ? Combien, après quelques mois passés à documenter un sujet, arrêtent. Parce que leur sujet est plus complexe qu’ils ne l’avaient envisagé, qu’il demande plus de temps qu’imaginé. Ils ou elles passent alors à autre chose en espérant trouver une histoire plus rentable, nécessitant parfois moins d’engagement sur fonds propres.

C’est pour soutenir ces projets difficiles que le festival ImageSingulières, le journal d’information Mediapart et l’ETPA, école de photographie installée à Toulouse, s’engagent, depuis 2018, autour de deux prix :

  • le Grand Prix ISEM est ouvert aux photographes du monde entier. Il entend contribuer à développer et achever un travail documentaire en cours. Ce prix devra être utilisé pour poursuivre le travail récompensé. Dès l’annonce des résultats du prix, ce travail sera présenté sous forme de portfolio sur Mediapart et, une fois complété, il fera l’objet d’une exposition à ImageSingulières ;
  • le second Prix ISEM Jeune Photographe s’adresse lui aux moins de 26 ans résidant sur le sol français. Il récompensera là aussi un travail en cours qui sera publié sur Mediapart. Le ou la lauréate pourra aussi intégrer une Masterclass de 3e année à l’ETPA.

En 2020, le Grand Prix ISEM a été décerné à Christian Lutz, pour son projet « Citizens ». Les finalistes sont Mélanie Wenger, Cristóbal Olivares, Brigitte Grignet et Alessandro Penso.

Polonia de Brigitte Grignet

 

Du côté, du Prix ISEM Jeune Photographe, Julia Gat, pour son projet « Upbringing », s’est vue choisie comme lauréate. Les finalistes de la catégorie sont Benoît Durand et Lauren Pearson.

Entre les mondes de Lauren Pearson

 

 

 

Elodie Ledure et Brigitte Grignet participent à The Female Gaze

Elodie Ledure et Brigitte Grignet, enseignantes de la section Photographie, prennent part à The Female Gaze, une vente en ligne de tirages photographiques au profit de femmes victimes de violences, avec 56 autres femmes photographes.

 

La crise sanitaire actuelle exacerbe nombre de luttes invisibles telles que la pauvreté, les insécurités psychologiques et les inégalités liées au genre. Celles-ci mènent souvent à la violence domestique et/ou sexuelle, et l’exploitation sous toutes ses formes. Un besoin pressant se fait sentir pour la création d’espaces sûrs où les femmes peuvent se réfugier en cas d’urgence. Ces derniers mois, la demande a augmenté de manière exponentielle. Plusieurs organisations au Benelux essaient d’aider ces femmes. La plupart n’ont pas les moyens suffisants afin de répondre à cette demande croissante. C’est pourquoi The Female Gaze – vente en ligne de tirages photographiques a été créée. Les profits seront répartis entre les organisations Ne(s)t vzw, Garance et Moviera.

 

La vente vient d’être lancée et se clôturera le 14 juin sur le site www.thefemalegaze.works

Les tirages (format A4) sont vendus au prix de 125€. Ils sont numérotés, édition limitée de 5. Impression sur papier Canon Luster Photo.

@thefemalegaze.works
The Female Gaze

Doris Michel, alumni CVG, nominée aux HERA Awards 2020

C’est avec fierté que l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège a vu Doris Michel être nominée aux HERA Awards 2020 de la Fondation pour les Générations Futures. Après un bachelier en Photographie, elle s’est tournée vers le master en Design social et numérique (Communication visuelle et graphique) dans le cadre duquel son mémoire, Captives, a été sélectionné pour ces HERA Awards. On vous en dit plus !

 

Les HERA Awards

Les Higher Education & Rewards Awards for Future Generations récompensent des mémoires et des thèses de doctorat toutes disciplines confondues et qui se distinguent par leur démarche systémique (à 360°) et la valeur ajoutée sociétale. Il y a neuf catégories différentes, parmi lesquelles « Sustainable Design » — catégorie dans laquelle Doris Michel a été nominée pour son mémoire, aux côtés de deux autres personnes.

La cérémonie de remise des différents prix aurait dû se tenir au début de ce mois de mai ; c’était sans compter la pandémie du covid-19. Les HERA Awards ont donc décidé d’adapter l’événement en publiant, durant sept semaines, des vidéos de tou·te·s les primé·e·s de 2020 qui, à travers leurs travaux, souhaitent participer à la transformation du monde de demain (plus d’infos par ici). Doris Michel sera bien entendu de la partie, découvrez-en plus dans la suite de cet article.

 

© Doris Michel

 

Doris Michel et Captives

Diplômée de la section Communication visuelle et graphique en 2019, Doris Michel a clôturé son master en Design social et numérique par un travail autour d’ateliers graphiques en prison. Son mémoire s’intitule Captives. Comment l’imagination et la créativité peuvent favoriser le processus de réinsertion post-carcérale des femmes en Belgique ? et a été encadré par Marie Sion, professeure d’atelier et de production et médiation du Master en communication visuelle et graphique, orientation design social et numérique.

Sur le site des HERA, on en retrouve la description suivante :

Le travail de Doris Michel repose sur un pari : l’art peut constituer une piste, parmi d’autres, pour la réinsertion socio-professionnelle d’anciens détenu·e·s. L’auteure a réalisé un état des lieux détaillé du système pénitentiaire belge, du processus de réinsertion post-carcéral et de la pratique artistique en prison. Elle a ensuite mis sur pied, pendant un mois, trois ateliers graphiques (collage, collage et dessin, édition) avec cinq détenues de la prison de Lantin, avec l’objectif de renforcer leur confiance en soi et les aider à se projeter dans la vie d’après la prison. Sur le plan méthodologique, Doris Michel s’est inspirée des méthodes d’innovation sociale comme le design social, soit un ensemble d’approches et d’outils élaborés en co-création avec le public concerné et destinés à faire émerger de nouvelles formes de citoyenneté. Cette méthodologie spécifique peut également s’appliquer dans les établissements pénitentiaires masculins ou de type Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ).

Il est possible de trouver une version plus détaillée de ce mémoire avec des photos à l’appui pour mieux se rendre compte du travail mis en œuvre et accompli, tant bien par Doris Michel que par les détenues.

Nous vous proposons de rejoindre Doris Michel, ainsi que les deux autres personnes de la catégorie Sustainable Design, le jeudi 18 juin à 10h pour un webinar sur le design thinking. Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : cliquez ici.

 

Présentation du mémoire à l’expo de fin d’année de l’École © Doris Michel

 

Rencontre avec Doris Michel

Comment t’est venue l’idée de travailler dans ce milieu particulier qu’est la prison ?

Pour répondre à cela, je dois remonter dans mon parcours scolaire. J’ai en fait d’abord réalisé un bachelier en Photographie à Saint-Luc et pour mon TFE, j’ai voulu travailler sur la thématique de la liberté. Après avoir contacté plusieurs établissements, je me suis retrouvée à la prison de Marche-en-Famenne. De fil en aiguille, mon travail de fin d’études s’est transformé en un travail sur l’enfermement. Donc le milieu carcéral était déjà présent à cette époque-là. Quand j’ai repris le master en Design social et numérique en CVG, c’est à nouveau vers ce milieu que je me suis orientée, car le design social vise à travailler sur des thématiques sociales, sociétales via l’artistique. La prison est revenue naturellement à moi pour boucler la boucle, si je puis dire, en passant de l’enfermement à la réinsertion.

 

Pourquoi te consacrer particulièrement à la réinsertion ?

Il faut savoir que la question de la réinsertion est omniprésente en prison. Dans mes discussions avec les détenu·e·s, revenaient souvent des interrogations du type « que vais-je faire après ma sortie ? » ou encore « comment vais-je m’en sortir ? » J’ai appris qu’en fait, la plupart arrivent en prison très jeunes, pour des faits mineurs. À leur sortie, ils ou elles n’ont pas de deuxième chance et que trop peu d’options ; cela se résume bien souvent à : être à la rue ou être en prison. Ces personnes rentrent alors dans une spirale infernale. De mon côté, je suis persuadée que la réinsertion serait plus que bénéfique si elle était menée correctement, avec des moyens conséquents.

 

Et comment as-tu concrétisé l’idée durant ton master ?

En design social, on crée des ateliers, on travaille avec et pour les gens, etc. Comme j’étais déjà passée dans le milieu carcéral et qu’en fait, il s’est révélé hyper enrichissant et intéressant, j’ai pris contact avec Claire Denis qui donne des cours d’arts plastiques à Saint-Luc Liège Promotion sociale mais aussi des cours à la prison de Lantin (Initiation au dessin d’observation et Formes et couleurs) ; c’est elle qui m’a permis d’entrer à Lantin. L’idéal pour mon mémoire aurait été de réaliser mes ateliers dans plusieurs prisons mais elles ne répondent que trop rarement à des propositions d’ateliers artistiques par manque de temps et de budget mais aussi en raison de la lourdeur administrative qu’ils requièrent.

J’ai donc travaillé avec cinq détenues durant en mois et leur ai proposé différents ateliers. Ce que je voulais avant tout, c’était leur proposer un espace de parole libre. Je n’ai pas voulu imposer des choses ou encore un agenda. Et c’est justement grâce à cette liberté qu’elles ont adhéré aux ateliers. D’ailleurs, je me rends compte qu’elles ont été tout de même marquées en recroisant l’une d’entre elles un an plus tard. J’ai trouvé ça génial d’avoir eu un tel impact !

 

Comment cela a-t-il été reçu par tes profs ?

Très bien ! Même si la plupart des gens lèvent les sourcils quand je leur dis que je vais travailler en prison (et que j’apprécie cela !), à Saint-Luc, mes profs ont été d’un grand soutien, surtout ma promotrice, Marie Sion. Philippe Landrain, Pierre Smeets mais aussi Maud Dallemagne m’ont beaucoup aidée également. J’aime beaucoup l’ouverture d’esprit en CVG, ils acceptent qu’on soit complètement nous-mêmes dans nos projets. J’aimerais souligner au passage que lors de mon bachelier en Photo, j’ai reçu aussi un excellent accompagnement de la part de mes enseignants.

 

Peux-tu nous parler de ce choix vers le master en design social et numérique ?

Lorsque que j’étais étudiante en Photo, j’ai effectué un stage chez Martin Dellicour, qui est photographe et graphiste. C’est grâce à lui que j’ai découvert le graphisme. C’est pourquoi, entre mon bachelier et mon master, j’ai suivi des cours d’infographie en promotion sociale. Puis quand j’ai appris que Saint-Luc ouvrait des nouveaux masters, j’ai été séduite par celui en design social qui mêle l’artistique et l’humain. C’est exactement ce que je cherchais en Photo : faire de l’humain. Pour la petite anecdote, comme c’était un nouveau master, des nouvelles épreuves d’admission étaient organisées. Sauf qu’il y a eu un mic mac dans les consignes et j’ai été… refusée ! Encore heureux que l’erreur a été remarquée ! J’ai pu ensuite intégré le master, où je me suis sentie comme un poisson dans l’eau, au point de le finir avec une grande dis’ !

 

Qu’as-tu appris durant ce master ?

Ma grande révélation a été la sérigraphie. J’adore ça ! D’ailleurs, je donne des cours et des stages en sérigraphie, technique que j’ai aussi utilisée dans le cadre des ateliers de mon mémoire. Ensuite, tout l’aspect mise en page, éditions, graphisme… Je travaille d’ailleurs maintenant comme graphiste dans une association. Puis surtout, le contact social. J’ai tellement aimé la méthodologie de construction d’ateliers qu’ici, en agrégation, je l’applique pour construire mes leçons ! Je dois aussi dire que j’ai appris beaucoup sur moi-même, j’ai évolué beaucoup durant ces deux années, tant bien humainement que professionnellement. Une excellente décision ce master ! Puis je dois dire aussi qu’il y avait une bonne ambiance entre nous. Nous étions une vingtaine réparti·e·s sur trois finalités différentes mais on partageait énormément, on s’entraidait, on se complétait, on créait… 

 

À présent, tu es donc inscrite à l’agrégation

Oui, j’aimerais beaucoup enseigner en prison. Durant le master, la didactique est déjà bien présente mais je voulais aller encore plus loin et étudier la pédagogie en profondeur. Je souhaite vraiment m’orienter vers les pédagogies alternatives. Je travaille sur le côté comme graphiste, comme dit plus haut, mais je fais également partie d’un collectif, Les Gaphistes, que j’ai créé avec des camarades du master. Notre ligne de conduite est de faire du graphisme humain et social, la dimension collaborative étant primordiale. On avait commencé en Master 1 un projet, Welcome to Bavière, qui va certainement avoir de suites avec l’Aquilone. On est aussi à chaque fois présents à la Braderie de l’Art et on travaille pas mal avec Dérivation 54, avec qui on partage la même philosophie.

 

Un conseil pour nos étudiant·e·s ?

Allez-y à fond ! Faites ce qui vous plaît, mettez-y de la passion et persévérez — même si les profs sont parfois dubitatifs au tout début. Si vous y croyez et que vous vous investissez, vous réaliserez vos projets. Et… ne désespérez pas en périodes de jury, ça finit par passer 😉

 

Un dernier mot sur les HERA Awards ?

J’ai vraiment aimé l’expérience, même si cela ne se clôture pas comme prévu, avec une cérémonie où on peut tou·te·s se rencontrer, discuter, etc. et que j’en suis un peu triste. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est que post-posé, on se retrouvera quoi qu’il arrive. Pour avoir déjà rencontré la plupart des nominé·e·s et les membres de la fondation en février dernier, je me réjouis de réitérer l’expérience. Je trouve que la fondation fait un chouette travail. Et puis ils me permettent encore maintenant de tester quelque chose de nouveau puisque le 18 juin prochain, je participerai donc à mon premier webinar !

 

Rendez-vous pris !

 

 

Suivre l’actualité de Doris Michel

 @doris.mchl

  @dorismichel

Webinar : « Le design thinking : penser de manière dynamique et systémique » (18 juin à 10h)

 

SNAP, un projet en photo à échelle européenne

Ce mois-ci, l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège a rendu un dossier conséquent pour une demande de subsides Erasmus dans le cadre d’un partenariat stratégique, orienté photographie : c’est le projet SNAP. Nous patienterons avec espoir jusqu’à l’annonce des résultats et attendant, il s’agit là d’une belle occasion pour vous présenter ce projet d’envergure, qui permet à notre établissement de s’inscrire pour la première fois dans un partenariat stratégique.

 

© Layla SaadMarie JourdainRobin Nissen

 

SNAP a été initié par Brigitte Grignet, enseignante de la section Photographie, qui depuis des années emmène ses étudiant·e·s en voyage scolaire à Cracovie afin de rencontrer les étudiant·e·s et enseignant·e·s de l’Académie des Beaux-Arts de la ville (Akademia Sztuk Pieknych im Jana Matejki w Krakowie) dans une optique d’échange et d’apprentissage.

Afin de proposer une expérience optimale, nos deux institutions se sont associées à l’Université d’art et de design de Cluj-Napoca en Roumanie (Universitatea de Artă și Design din Cluj-Napoca) et l’Université de Ljubljana en Slovénie (Univerza v Ljubljani) pour ce partenariat stratégique.

Pour construire ce dossier conséquent de demande de subsides, c’est un véritable travail d’équipe qui s’est opéré entre Brigitte Grignet, Stefan Askew, le chargé des relations internationales de l’École, et Carine Frérard, enseignante et référente entrepreunariale. Une mission énorme qui se compte en centaines d’heures de rédaction, d’entrevues et d’investissement. À eux trois, ils ont travaillé avec les représentants des trois institutions partenaires mais surtout avec Pauline Gazzotti et Zlata Selalk de la structure Inforef qui ont apporté un grand soutien administratif et d’expertise aux niveaux web, technique et TIC.

 

SNAP, un résumé du projet par Carine Frérard

SNAP trouve son origine dans une initiative de mobilité des enseignant·e·s de cours d’ateliers de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège et de Cracovie, organisée entre leurs deux institutions, afin d’améliorer la maturité professionnelle de leurs étudiant·e·s en Photographie à plusieurs niveaux : technique photographique, intégration des outils numériques dans leur pratique et soft skills (attitude entrepreneuriale). L’idée est ensuite de créer un continuum entre cette mobilité, le stage de dernière année et une proposition de service et distribution de leur production.

L’objectif est de prévoir un dispositif pédagogique original qui va de la théorie à la pratique et même à l’intégration professionnelle, de façon à améliorer considérablement la professionnalisation des étudiant·e·s amorcer leur carrière dès la fin de leur cursus.

 

L’innovation est d’intégrer toute la démarche dans une seule plateforme numérique qui joue à la fois le rôle de plateforme :

  • d’e-learning : acquisition des compétences photo, numériques et entrepreneuriales ;
  • collaborative et de communication : support de l’organisation de l’échange original entre les institutions où les étudiant·e·s effectuent tour à tour, lors de leur mobilité, les rôles de reporter et de fixer de façon à immerger les étudiants dans leur futur pratique professionnelle, le tout dans un environnement inconnu. Cette expérience serait alors très formative à tous les niveaux : technique professionnelle, organisation, travail à distance (numérique), etc.
  • de mise en réseau et d’offre de service pour passer à l’acte entrepreneurial : stage puis recherche d’un emploi en correspondance avec leur identité artistique et aspiration professionnelle ou entrepreneuriat (freelance, starter ou création d’activité).

Vu l’importance de la pratique dans le dispositif, un processus itératif est nécessaire pour co-construire, adapter et éprouver le dispositif et arriver au bout de trois expériences à un outil numérique efficient et durable ainsi qu’un protocole d’utilisation pédagogiquement efficace et transposable. Trois années de mobilité entre les partenaires sont donc prévues à cet effet.

 

Ce programme est donc triplement innovant :

  • du point de vue pédagogique en intégrant par la pratique dans un seul dispositif l’acquisition de compétences métier, numérique et entrepreneuriale au niveau théorique, pratique et professionnel ;
  • du point de vue de l’outil numérique, réuni en un seul outil une plateforme e-learning, collaborative et de mise en réseau ;
  • du point de vue de la forme de la mobilité imagine sous forme de mission d’échange intégrant les pratiques professionnelles de photographe reporter et de fixer.

En plus, ce dispositif comprend en son sein la possibilité de le pérenniser au-delà du partenariat stratégique grâce à la mise au point durant le programme d’un modèle économique d’autofinancement grâce aux services offerts par les étudiant·e·s aux professionnel·le·s dans le volet networking de la plateforme.

Where I am, I don’t know : un crowdfunding de la section Photo

Les étudiant·e·s en dernière année de bachelier de la section Photographie à l’École Supérieure des Arts Saint-Luc Liège présentent WHERE I AM, I DON’T KNOW, un projet  de livre et d’exposition sur St. Elisabeth Haus, un centre pour demandeurs d’asile à Manderfeld. Aujourd’hui, ils font appel à l’aide du grand public à travers leur campagne sur Crowd’In pour pouvoir concrétiser ce projet.

 

St. Elisabeth Haus est un centre d’accueil pour demandeurs d’asile situé dans la région germanophone en Belgique. Géré par la Croix-Rouge, ce foyer spécialisé héberge des familles et des personnes seules issues de plus de quarante pays différents le temps de leur demande d’asile.

Accompagné·e·s de leurs professeurs d’ateliers (Olivier Cornil, Sandrine Dryvers, Elodie Ledure et Marc Wendelski), les 22 étudiant·e·s ont, en octobre dernier, vécu une semaine d’immersion dans ce centre. Lors de cette semaine, elles.ils ont eu ainsi l’occasion de découvrir de près le quotidien des résident·e·s et de s’ouvrir à des cultures souvent sujettes à des préjugés.

De cette semaine humaine unique et enrichissante découle une série de travaux hétéroclites, à la fois écrits, vidéographiques, photographiques mais également issus d’ateliers participatifs. Ceux-ci offrent des regards d’auteurs sur le quotidien des demandeurs et demandeuses d’asile, des employé·e·s et bénévoles de la Croix-Rouge.

 

 

Le titre « Where I am, I don’t know » est un extrait d’un texte écrit par une résidente de St. Elisabeth Haus au cours d’un atelier. Il représente un sentiment commun vécu autant par les résident·e·s du centre que par les étudiant·e·s : ceux et celles-ci n’étaient pas loin de leur foyer, mais ont partagé les mêmes angoisses et sentiments que les résident·e·s tels que l’égarement, l’étouffement ou encore l’enfermement.

 

Les différents travaux produits durant cette semaine d’immersion vont être présentés à travers une exposition et un livre. L’exposition se déroulera du 17 mai au 2 juin au Centre culturel Les Chiroux et à la Cité Miroir. Disponible dès le lancement de l’exposition, le livre sera le résultat d’une collaboration avec les étudiant·e·s de première année de master en Communication Visuelle et Graphique, option Éditions.

 

Campagne de crowdfunding

Pour concrétiser leur projet, ce collectif d’étudiant·e·s doit rassembler un budget de 6.500 €. Il s’agit d’une estimation du budget nécessaire pour financer l’impression des livres et la production des tirages et encadrements pour l’exposition. Ils bénéficient déjà d’un soutien financier de la Croix-Rouge à hauteur de 1.500€ et un soutien logistique de la part du Centre culturel Les Chiroux et de la Cité Miroir .

Afin de récolter les 5000€ restants, les étudiant·e·s ont décidé de lancer une campagne de crowdfunding sur la plateforme Crowd’In, qui fonctionne avec un système de contreparties, qui s’apparente à du préachat, puisqu’il est possible notamment de précommander le livre. La campagne dure jusqu’au 6 avril !

 

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