8, 9 et 10 avril 2026
Village circulaire + Point-Virgule (B16)
Du 8 au 10 avril 2026, l’ESA Saint-Luc Liège a accueilli le festival « Réparer, c’est créer », trois journées intenses qui ont fait émerger une véritable prise de position collective face aux enjeux écologiques, sociaux et pédagogiques contemporains. À travers une diversité de formats — ateliers, conférences, tables rondes, performances et moments conviviaux — l’événement a esquissé les contours d’une école et d’une pratique artistique en transformation.


L’un des enseignements majeurs du festival réside dans la pertinence pour nos pratiques de l’extension de la notion de réparation. Loin de se limiter à la remise en état d’objets, elle s’est révélée comme un geste transversal : réparer les écosystèmes, les récits, les corps, les liens sociaux ou encore les institutions.
Cette approche a pris corps à travers plusieurs workshops tels Bye Bye Binary, mené en collaboration avec l’ULiège, qui a interrogé les normes typographiques à l’aune des enjeux d’inclusivité, En direct de Bukavu, atelier de création d’affiches témoignant d’une collaboration entre les étudiants de design social et des étudiants de Bukavu au Congo, Bioblitz, arpentage et pratique de la contre-cartographie, ou encore les expérimentations autour du found footage, explorant la capacité des images existantes à produire de nouveaux récits.


Plusieurs conférences et tables rondes ont structuré la réflexion collective. La table ronde « Réparer c’est créer », réunissant artistes, chercheur·euses et actrices culturelles, a permis de croiser les regards sur le rôle de l’art dans les dynamiques de réparation sociale et symbolique. La table ronde pédagogique a, quant à elle, déplacé ces enjeux vers l’enseignement, en questionnant la manière dont les institutions peuvent elles-mêmes évoluer et se transformer. La conférence sur la contre-cartographie nous a éclairé sur notre manière d’entériner des territoires en dépits des populations et pour servir des intérêts économiques et de contrer les visions dominantes, celle sur notre rapport à l’eau irriguée d’extraits de films nous a permis de questionner nos relations au vivant. Enfin le ping pong à la bibliothèque a restauré la place des femmes dans l’histoire de l’art autour de livres inspirants.


Côté artistique, le festival a démarré par le vernissage de l’exposition s’émouvoir, collaboration entre les étudiants de BD et le centre Franco Basaglia, eta performance « La dernière archive », autour de la disparition du Musée national de Rio, qui a offert un moment fort, sensible et politique, interrogeant notre rapport à la mémoire et à la perte, tandis que l’installation de Théo Wachetski matérialisait les terreurs nocturnes à travers des objets du quotidien.
Le festival a également été rythmé par des initiatives concrètes et collectives : du repair café mobile, porté avec Repair Together et les étudiants du cours à choix village circulaire, à l’atelier Ravaudage et sparadrap, en collaboration avec le cours et les étudiants d’art textile des Beaux-arts de Liège, à l’accueil d’une collection de vêtements upcyclés réalisés par les étudiants d’HELMO mode, ou enfin à la collaboration avec Nourrir Liège autour des enjeux alimentaires.

Au-delà des contenus, c’est donc la dimension collective qui a marqué les esprits. En investissant des espaces comme le Village circulaire et le Fablab, la bibliothèque, et en multipliant les moments de partage — discussions, repas, soirée festive — le festival a montré que la réparation est avant tout une pratique relationnelle. Elle suppose l’échange, la transmission et la co-construction, autant de valeurs qui traversent aujourd’hui les enjeux pédagogiques de l’enseignement artistique.

Même si le festival aurait gagné à rencontrer d’avantage les intérêts et la participation de notre communauté étudiante et enseignante, nous pouvons dire qu’avec « Réparer, c’est créer », l’ESA Saint-Luc Liège a inauguré un nouveau format, ouvrant un espace de réflexion et d’expérimentation à l’échelle de toute une communauté. Cette première édition pose les bases d’une transformation durable, où création, engagement et responsabilité sociétale s’articulent pleinement, invitant chacun à devenir acteur du changement. Un festival manifeste et point de mire apte à tenir ensemble diverses initiatives sous la houlette d’un thème qui adresse des questions sociétales à enjeux et fédératrices.
